L'encens, qu'on appelle aussi oliban, est une gomme-résine produite par des arbres du genre Boswellia. On l'obtient en incisant l'écorce : l'arbre laisse couler une sève laiteuse qui durcit à l'air en petites larmes jaune pâle. Les espèces utilisées poussent dans le sud de la péninsule Arabique, dans la Corne de l'Afrique et en Inde. En parfumerie, on en tire une huile essentielle, un résinoïde ou un extrait au CO2, aux notes citronnées, poivrées et résineuses.
Une résine qu'on obtient par incision
Les Boswellia appartiennent à la famille des Burséracées, comme les arbres qui donnent la myrrhe et l'élémi. Ce sont de petits arbres au tronc souvent tordu, qui poussent sur des sols rocheux, dans des régions chaudes où il pleut très peu.
La résine se forme dans des canaux situés sous l'écorce. Pour la récolter, on entaille le tronc et les branches à l'aide d'un petit outil. Une sève blanche perle de la blessure et sèche sur l'arbre pendant plusieurs jours. Les récolteurs détachent ensuite les larmes durcies et rouvrent les entailles, tout au long de la saison sèche.
Les larmes sont triées à la main selon leur taille, leur couleur et leur pureté. Les plus claires et les plus translucides sont les plus recherchées. Une exploitation trop intensive affaiblit les arbres. Plusieurs études alertent sur le déclin de certaines populations de Boswellia, en particulier en Éthiopie, sous l'effet des incisions répétées, du pâturage et des incendies.
Oman, Somalie, Éthiopie, Inde : les origines
Boswellia sacra pousse au Dhofar, dans le sud d'Oman, ainsi qu'au Yémen et dans le nord de la Somalie. L'encens d'Oman est la référence historique. La qualité la plus réputée, le hojari, vient des plateaux de l'intérieur du Dhofar.
En Somalie, on parle souvent de Boswellia carterii. De nombreux botanistes considèrent ce nom comme un synonyme de Boswellia sacra, mais il reste très utilisé dans le commerce des huiles essentielles.
L'Éthiopie, l'Érythrée et le Soudan récoltent surtout Boswellia papyrifera. Son huile a un profil un peu différent, plus doux. En Inde, Boswellia serrata sert surtout en médecine traditionnelle et dans les bâtonnets d'encens, assez peu en parfumerie fine.
Huile essentielle, résinoïde et extrait au CO2
L'huile essentielle est obtenue par distillation à la vapeur. Elle est fraîche, citronnée et poivrée, avec un côté résineux qui rappelle le pin. Assez volatile, elle se place souvent en tête.
Le résinoïde est extrait de la résine par solvant. C'est une matière épaisse, plus chaude et plus balsamique, qui tient beaucoup plus longtemps. Il sert de note de fond et de fixateur. L'extrait au CO2 supercritique est plus proche de l'odeur de la résine elle-même, entre la fraîcheur de l'huile et la rondeur du résinoïde. Plusieurs pyramides du catalogue précisent « oliban CO2 ».
L'odeur de fumée qu'on associe à l'encens n'existe pas dans la résine crue. Elle n'apparaît que lorsqu'on la brûle. Pour la rendre, les parfumeurs ajoutent des notes fumées comme le bouleau, le cade ou le gaïac, et des molécules de synthèse. Une note « encens » peut donc désigner l'huile naturelle, un accord, ou les deux. La pyramide décrit une odeur, elle ne détaille pas la formule.
La myrrhe et l'élémi, deux résines cousines
La myrrhe vient d'arbustes épineux du genre Commiphora, surtout Commiphora myrrha, qui poussent dans les mêmes régions que l'encens : Somalie, Éthiopie, Yémen. Sa résine est brun rouge. Son odeur est plus chaude et plus amère que celle de l'oliban, avec une facette médicinale et un peu terreuse.
L'élémi est la résine de Canarium luzonicum, un grand arbre des Philippines. Il appartient lui aussi aux Burséracées. Son odeur est très fraîche, citronnée et poivrée, avec une pointe proche du fenouil.
Encens et myrrhe sont associés depuis l'Antiquité, jusque dans le récit des Rois mages. Dans un parfum, la myrrhe assombrit l'encens et l'élémi en accentue la fraîcheur.
À quoi sent l'encens
L'oliban sent d'abord le zeste de citron, le poivre et la résine de pin. Viennent ensuite une note balsamique plus douce et une facette minérale, proche de la pierre froide. C'est cette facette qu'on associe à l'odeur d'une église. Une fois brûlé, il prend un caractère fumé et sec.
L'encens est l'une des plus anciennes matières odorantes connues. La route de l'encens le transportait d'Arabie jusqu'à la Méditerranée. Les Églises catholique et orthodoxe l'utilisent toujours dans leurs offices, souvent mélangé à d'autres résines. En Arabie, on le brûle aussi dans les maisons. Le mot « parfum » viendrait d'ailleurs du latin per fumum, « par la fumée ».
En parfumerie, l'encens s'associe aux bois secs comme le cèdre, le cyprès et le vétiver, pour un effet d'église. Avec la rose et le oud, il forme un accord classique de la parfumerie du Moyen-Orient. Il se marie aussi avec le cuir et les notes fumées, avec les épices comme la cardamome et le poivre, avec les résines ambrées comme le labdanum et le benjoin, et plus récemment avec le thé ou le cacao.
Des parfums à l'encens du catalogue
Tous les parfums ci-dessous citent l'encens, l'oliban ou l'une de ses résines cousines dans la pyramide publiée sur leur fiche. Certains en font le sujet principal, d'autres l'utilisent pour donner de la profondeur à une rose, à un thé ou à un gourmand.
L'oliban, la myrrhe et l'élémi réunis
Archangels, de Cæleste, composé par Cristiano Canali, rassemble les trois résines en fond : oliban, myrrhe et élémi, avec l'ambre, le benjoin et le cèdre. Le départ de néroli, de mandarine sanguine et de poivre rose mène à un cœur de lys, de tubéreuse, de davana, de rose et d'ylang-ylang.
Principalities, de la même maison, est signé David-Lev Jipa-Slivinschi. Hysope, thé noir, épine de rose et violette en tête, puis notes minérales, petrichor, oud assafi, galbanum, cuir et immortelle au cœur. Le fond réunit cendre, résine d'élémi, safran, encens et santal. On y retrouve la facette minérale et fumée de l'encens. Notre article sur Cæleste présente la maison.
L'encens et la rose
Rosanostra, de Spiritica, est construit autour de trois roses : rose noire de Taïf, rose de Damas et rose centifolia, avec une note de papier brûlé. L'orange amère ouvre la composition, et le fond pose l'oliban sur une terre humide. L'encens y donne un ton cérémoniel. La maison est présentée dans notre article sur Spiritica.
Luvani, de Pernoire, place l'encens à deux étages. Il apparaît dès la tête avec la fleur de lune, le jasmin et la tubéreuse, puis revient en fond sous forme d'oliban, avec la rose blanche, le cèdre et l'Ambrostar. Le cœur associe feuille de noisetier, vanille, bois de gaïac et muscade. Notre présentation de Pernoire détaille la maison suisse.
L'encens poivré chez Aaron Terence Hughes
Morpheus ouvre sur l'oliban au CO2, avec la cardamome et le poivre rose. Le cœur passe à l'ambre, à l'osmanthus et à la fève tonka, et le fond réunit oud de Thaïlande, santal, vétiver et patchouli.
Midnight Fever fait l'inverse et garde l'oliban pour la fin. Bergamote, lavande et pomme en tête, ambre, pamplemousse et notes marines au cœur, puis vétiver, patchouli, muscade, oliban et oud de Thaïlande. L'encens assombrit un parfum aquatique. Notre présentation d'Aaron Terence Hughes explique la concentration de la maison.
L'encens avec le oud, le cuir et la fumée
Oudian, de Pernoire, tire son nom du oud et du durian. Le durian, le safran, les fruits tropicaux et le poivre de Sichuan ouvrent la composition. Le cœur associe labdanum de ciste et oliban, avant un fond de oud, de cuir et de vétiver.
Labels of Feelings, d'Adi ale Van, composé par Antonio Alessandria, oppose un floral blanc à une base sombre. Fruit de la passion, bourgeons de cassis, prune et goudron de genévrier en tête, puis muguet, magnolia, jasmin et safran. Le fond réunit cèdre, oliban, labdanum, cuir, fumée, accord ambre gris et muscs. Le goudron et la fumée donnent à l'oliban un caractère brûlé. Voir aussi notre présentation d'Adi ale Van.
L'encens gourmand
Coliva, de la même maison, composé par Giovanni Festa, doit son nom au gâteau de blé partagé lors des commémorations orthodoxes. L'oliban apparaît dès la tête avec la réglisse, la cardamome, l'absinthe, le cacao, le café et le chocolat blanc. Le cœur évoque le pain cuit, et le fond réunit labdanum, tonka, beurre, ambre, vanille et notes animales. La fiche y voit le pain et la cire d'église dans un même flacon.
Cocoa Toffee, de Zhufu, place l'encens au cœur avec le cacao, l'ébène et le toffee. La tête réunit le mahua de Tianjin, une torsade de pâte frite, la noisette et la cacahuète, et le fond le gaïac, le café et l'ambre gris. L'encens apporte un côté sec qui tempère les notes torréfiées.
L'encens avec le thé et le végétal
Triple Matcha, de Zhufu, réunit trois variétés de matcha. L'encens se trouve au cœur, avec les matchas Samidori et Okumidori, le lait, la fleur d'oranger, la rose de Grasse et les graines de vanille. Il donne de la profondeur à un thé vert et lacté.
Raw, de la même maison, passe du végétal aux fleurs puis aux bois. Bergamote, coriandre et herbe en tête, jasmin, lotus et violette au cœur, puis ambre, cèdre, encens et musc. Notre article sur Zhufu présente les autres parfums de la maison.
L'encens, l'encre et le papier
The Print House, de Tada Parfumeur, est né d'une collaboration avec un atelier de fanzines. Absolue de café, accord encre, graine de carotte et safran en tête, puis accord papier, note métallique, encens et iris au cœur, sur un fond de cashmeran, de cuir et de mousse de chêne. L'encens y rejoint la facette sèche du papier et de l'encre. Notre présentation de Tada Parfumeur revient sur le parfumeur.
La myrrhe et l'élémi en vedette
Hua Qiang Ye Meng, de Cinojad, signifie « songe nocturne des roses sauvages ». Fleur de camphrier, jasmin grandiflorum et rose sauvage en tête, feuille de bananier, frangipanier et bornéol au cœur, puis résine d'élémi, palissandre de Birmanie et benjoin. L'élémi prolonge la fraîcheur camphrée du départ. Notre article sur Cinojad présente ses autres créations.
Phoenix Meets Mountain N°P27, de ChuJian, s'inspire des monts Phénix, dans le Guangdong, où pousse le thé oolong Dan Cong. La myrrhe apparaît dès la tête avec les agrumes, la bergamote et le rhum. Le cœur réunit thé oolong, jasmin, iris et rose, sur un fond de santal, de vétiver et de tabac. La myrrhe y donne un départ résineux et chaud. Voir aussi notre présentation de ChuJian.
D'autres compositions à l'encens se trouvent dans nos sélections de parfums boisés et de parfums orientaux.
Questions fréquentes
Quelle différence entre l'encens et l'oliban ?
Aucune pour la parfumerie. Oliban est le nom de la résine des Boswellia, et encens son nom courant. Le mot encens désigne aussi tout mélange qu'on brûle pour parfumer.
Qu'est-ce que l'encens d'Oman ?
C'est la résine de Boswellia sacra récoltée au Dhofar, dans le sud d'Oman. Elle sert de référence historique pour la qualité de l'encens. Le hojari, récolté sur les plateaux de l'intérieur, en est la qualité la plus réputée.
Quelle différence entre l'encens et la myrrhe ?
Les deux sont des résines d'arbres de la même famille, récoltées par incision dans les mêmes régions. L'encens est clair et sent le citron, le poivre et la résine. La myrrhe est plus sombre et sent plus chaud, plus amer et plus terreux.
Un parfum à l'encens sent-il forcément la fumée ?
Non. La résine crue sent frais et citronné, et la fumée n'apparaît que lorsqu'on la brûle. Un parfum peut jouer sur la fraîcheur de l'oliban, comme Morpheus, ou recréer la résine brûlée avec des notes fumées, comme Labels of Feelings.
L'encens tient-il longtemps sur la peau ?
Cela dépend de la matière utilisée. L'huile essentielle est assez volatile et se sent surtout au départ. Le résinoïde et les accords d'encens en fond durent plusieurs heures, et l'encens y joue souvent un rôle de fixateur.
Pour aller plus loin
L'encens fait partie des matières présentées dans notre dossier Les matières du parfum, avec le oud, le santal et la vanille. Pour comparer un encens poivré, un encens floral et un encens gourmand sur votre peau, les parfums cités sont proposés en échantillon de 2 ml selon les maisons, sur notre page échantillons.