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Le verre taillé à la main et la parfumerie de l'étrange
Il existe des marques que l'on découvre, et d'autres dans lesquelles on tombe, comme on tomberait dans un cabinet de curiosités oublié.
House of Atropa appartient à cette seconde catégorie. Tout, dans cette maison, semble échapper aux conventions de la parfumerie contemporaine. Les flacons, les compositions, jusqu'à la façon dont la marque a été conçue, sans investisseurs, sans bureau de style, sans intermédiaires. C'est l'œuvre d'une seule personne, qui a décidé de tout faire elle-même.
À l'origine de House of Atropa se trouve Elisabeth Andrék, parfumeuse et verrière d'origine géorgienne et arménienne. Ce qu'elle propose ne ressemble à rien de ce que l'on croise habituellement dans le monde de la parfumerie indépendante. Elle taille elle-même les flacons de ses parfums, à la main, dans du verre optique massif.
Certains sont sculptés dans du verre d'uranium en provenance d'un fabricant certifié tchèque, ce qui leur confère cette luminescence verte caractéristique, vestige fascinant d'une tradition verrière ancienne aujourd'hui presque disparue. L'inspiration revendiquée est celle de René Lalique, et on la sent dans chaque pièce, dans la transparence, les jeux de lumière, cette obsession pour les objets qui captent et renvoient le regard.
Mais Elisabeth pousse l'idée plus loin encore. Elle a réussi à formuler certains de ses jus pour qu'ils émettent eux-mêmes une lueur néon dans le flacon, un dialogue silencieux entre le contenant et le contenu que je n'avais jamais vu ailleurs.
Là où beaucoup de marques niches cherchent à séduire par la familiarité d'un beau santal ou d'un oud poli, House of Atropa fait le pari inverse. Elisabeth parle volontiers de vouloir rendre belles les choses légèrement laides, de réinventer le passé en y injectant une dose d'inconfort, de créer des compositions à la fois repoussantes et irrésistibles. C'est exactement ce que l'on ressent en sentant ses créations pour la première fois.
Sa palette est large et déroutante, et chaque jus raconte une histoire qui lui est propre. En voici trois que nous avons sélectionnés pour entrer dans son univers.
Plus loin dans le catalogue, on croise d'autres noms qui annoncent la couleur. She is Cat, He is Fish, Gurza, Crystal Herb. Rien ici n'est tiède, et rien ici ne cherche à plaire à tout le monde.
House of Atropa n'est pas une marque de masse, et ne cherche pas à le devenir. Elisabeth travaille avec des producteurs certifiés d'absolues et d'huiles essentielles en Asie pour la matière première, mais l'ensemble du processus, de la formulation à la taille du verre, en passant par le logo et le site, a été conçu et exécuté par elle.
Chaque flacon est une pièce, et chaque pièce porte la trace de la main qui l'a sculptée. Cette dimension artisanale change radicalement le rapport que l'on entretient avec le parfum. On ne possède pas un produit industriel reconditionné dans un beau coffret. On possède un objet unique, parfois fragile, parfois lumineux dans l'obscurité, qui contient une composition pensée pour résonner avec lui.
Chez Passion Parfum, nous cherchons depuis le début des maisons qui prennent des risques, qui défendent une vision personnelle et qui osent assumer une étrangeté revendiquée. House of Atropa coche toutes ces cases, et en ajoute une que peu d'autres peuvent revendiquer, celle de l'objet précieux, fait main, qui fait du flacon une œuvre à part entière.
Découvrir cette maison, c'est accepter d'être un peu déstabilisé. C'est sentir des accords que l'on n'attendait pas, tenir entre les mains des flacons qui ressemblent à des cristaux taillés ou à des reliques vaguement inquiétantes, et accepter qu'un parfum puisse être à la fois beau et dérangeant. Pour celles et ceux qui ont fait le tour des grandes signatures de la parfumerie niche et qui cherchent quelque chose de réellement différent, c'est une porte qui s'ouvre vers un territoire encore largement inexploré.