La tubéreuse est une fleur blanche, Polianthes tuberosa, originaire du Mexique. Ses fleurs sentent très fort, surtout le soir, et leur odeur ne se laisse pas capter par distillation. La parfumerie l'a longtemps travaillée par enfleurage, à Grasse, puis par extraction aux solvants, qui donne l'absolue utilisée aujourd'hui. Elle appartient à la famille des fleurs blanches dites narcotiques, avec le jasmin, le gardénia ou l'ylang-ylang.
Une fleur mexicaine venue en Europe
La tubéreuse est une plante vivace de la famille des asparagacées, la même que celle de l'agave. Elle pousse à partir d'un bulbe allongé, et c'est ce bulbe tubéreux qui lui a donné son nom. Le mot ne vient donc pas d'une « rose en tube », comme on le lit parfois. La tige porte des épis de fleurs blanches et cireuses, qui s'ouvrent du bas vers le haut.
La plante était cultivée au Mexique bien avant l'arrivée des Européens. On ne la connaît plus aujourd'hui à l'état sauvage. Les Espagnols l'ont rapportée en Europe au XVIe siècle, et elle s'est vite répandue dans les jardins.
Son odeur augmente à la tombée du jour. Comme beaucoup de fleurs blanches, elle attire des papillons de nuit. Les fleurs sont cueillies tôt le matin, encore fermées ou à peine ouvertes.
De l'enfleurage à l'absolue
La tubéreuse supporte mal la chaleur : la distillation à la vapeur abîme ses composés les plus délicats et ne donne rien d'utilisable. Elle a en revanche une particularité précieuse. Une fois cueillie, la fleur continue de produire son odeur quelque temps.
L'enfleurage à froid tirait parti de ce phénomène. Les fleurs étaient étalées sur des plaques de verre enduites d'une graisse animale purifiée et inodore. La graisse absorbait leur parfum. Chaque jour, on retirait les fleurs fanées pour en poser de fraîches, et cela pendant des semaines, jusqu'à saturer la graisse. On obtenait une pommade, que l'on lavait ensuite à l'alcool pour en tirer une absolue de pommade. Grasse a pratiqué cette technique à grande échelle pour la tubéreuse et le jasmin. Trop coûteuse en main-d'œuvre, la technique a été abandonnée au XXe siècle. Notre article sur l'extraction des matières premières détaille ce procédé et ceux qui l'ont remplacé.
Depuis, la tubéreuse est traitée aux solvants volatils. Le solvant donne d'abord une concrète cireuse, puis un lavage à l'alcool en tire l'absolue. Il faut une très grande quantité de fleurs pour un kilo d'absolue. C'est l'une des matières florales les plus chères de la palette.
Grasse, puis l'Inde
Pendant longtemps, la région de Grasse a été le grand centre de culture de la tubéreuse destinée à la parfumerie. Les champs ont presque disparu avec la hausse du coût du travail et du foncier. Quelques producteurs en cultivent encore de petites surfaces.
L'Inde est devenue le premier producteur. La tubéreuse y pousse surtout dans le sud du pays, où elle sert aussi aux guirlandes et aux offrandes. L'Égypte et le Maroc en produisent aussi.
Absolue et reconstitutions
L'absolue de tubéreuse contient plusieurs familles de molécules. Le salicylate de méthyle lui donne une facette fraîche et médicinale, proche de la gaulthérie, que l'on qualifie souvent de camphrée. Le benzoate de méthyle et l'anthranilate de méthyle ajoutent un côté fruité, presque raisin. L'indole, présent aussi dans le jasmin et la fleur d'oranger, apporte une note animale. À faible dose, il donne de la chair et de la chaleur à la fleur. Les lactones expliquent la texture crémeuse et lactée, avec un accent de noix de coco ou de pêche.
Comme l'absolue coûte cher, la plupart des notes « tubéreuse » des parfums sont des reconstitutions. Le parfumeur combine ces molécules, souvent avec une part d'absolue pour la profondeur. Aucune molécule seule ne reproduit la fleur. Une fiche qui mentionne la tubéreuse indique une présence dans la formule, sans dire sous quelle forme.
À quoi sent la tubéreuse
La tubéreuse sent d'abord la fleur blanche épanouie, dense et sucrée. Plusieurs facettes se superposent. La facette crémeuse évoque le beurre, le lait et la noix de coco. La facette camphrée, plus fraîche, rappelle la gaulthérie et donne du relief au départ. On lui trouve aussi une note de caoutchouc, un peu étrange, que beaucoup de parfumeurs apprécient. Le fond est charnel.
On range la tubéreuse parmi les fleurs blanches narcotiques. Le terme désigne des fleurs au parfum enveloppant, qui partagent souvent l'indole. Le jasmin, la fleur d'oranger, le gardénia, l'ylang-ylang, le frangipanier et le tiaré en font partie. Le gardénia et le frangipanier sont presque toujours reconstitués, car leurs extraits naturels sont rares. Le tiaré se retrouve surtout dans le monoï, où ses fleurs macèrent dans l'huile de coco.
Ce lien avec la noix de coco se retrouve dans beaucoup de parfums. Le jasmin est son partenaire le plus fréquent : il allège la tubéreuse et la rend plus lumineuse. Le cuir, enfin, répond à sa facette animale. L'association d'une fleur blanche et d'un cuir est un classique, détaillé dans notre article sur le cuir en parfumerie. La tubéreuse s'accorde aussi avec la vanille, l'encens et les bois crémeux comme le santal.
Des parfums à la tubéreuse et aux fleurs blanches du catalogue
Les premiers parfums ci-dessous citent la tubéreuse dans la pyramide publiée sur leur fiche. Comme ils sont peu nombreux en stock, nous avons élargi la sélection à d'autres fleurs blanches proches : jasmin, frangipanier, fleur d'oranger et accords de fleurs blanches, souvent associés à la noix de coco ou au cuir.
La tubéreuse dans un bouquet tropical
Hili, de Widian, réunit quatre fleurs blanches au cœur : jasmin, tubéreuse, ylang-ylang et tiaré. Une tête épicée de bergamote, de poivre rose, de coriandre et de cannelle les précède. Le fond pose ambre, vanille, lait de coco, santal, patchouli, cèdre et tabac. Le lait de coco prolonge la facette crémeuse de la tubéreuse. Il reste peu de flacons. Notre présentation de Widian revient sur la maison.
Tubéreuse d'Inde
Mango Ambrosia, de Zhufu, est l'un des rares parfums du catalogue à préciser l'origine de sa tubéreuse. La tubéreuse d'Inde y côtoie, au cœur, la mangue de Haikou, la prune et l'absolue de fleur d'oranger de Grasse. Le fond associe essence de coco de Hainan, vanille de Madagascar, santal de Mysore et musc blanc. Notre article sur Zhufu présente les autres créations de la maison.
La tubéreuse et le lait de coco
Guardian Angel, de Cæleste, composé par Chris Maurice, ouvre sur un accord de fleurs blanches : néroli, tubéreuse, jasmin, héliotrope, bergamote et aubépine. Suivent un accord de muscs, de lait de coco, de cardamome, de vanille et de tonka, puis l'encens, le benjoin, la myrrhe et l'ambre. Il reste très peu de flacons. Notre article sur Cæleste présente la maison.
La tubéreuse et les résines
Archangels, de la même maison, est signé Cristiano Canali. Néroli, mandarine sanguine et poivre rose en tête, puis un cœur de lys, de tubéreuse, de davana, de rose et d'ylang-ylang. Le fond réunit encens, oliban, myrrhe, ambre, benjoin, cèdre et élémi. Les résines donnent à la fleur blanche une tonalité grave. Pour découvrir les deux parfums à la fois, le coffret 3rd Order réunit en 3 × 5 ml Guardian Angel, Archangels et Principalities.
Luvani, de Pernoire, place la tubéreuse dès la tête, avec la fleur de lune, l'encens et le jasmin. Le cœur associe feuille de noisetier, vanille, gaïac, muscade et fleurs blanches, sur un fond d'Ambrostar, de cèdre, d'oliban et de rose blanche. La fleur de lune, qui s'ouvre la nuit, fait écho à la tubéreuse, elle aussi plus parfumée le soir. Notre présentation de Pernoire détaille la maison suisse.
La tubéreuse en note de fond
Mu Ye Cang Xia, de Cinojad, fait un choix moins courant. La tubéreuse n'apparaît qu'en fond, avec la mûre de Tourfan et le bois d'amyris. La tête réunit fruit de la passion, baies roses et rose de mai, et le cœur associe papyrus, vin de raisin et cacao noir. Voir notre présentation de Cinojad.
Fleurs blanches et noix de coco
Lamoon, de Tada Parfumeur, travaille les fleurs blanches à travers plusieurs absolues. Fleur d'oranger et pandan en tête, puis un cœur de fleurs blanches, d'absolue de jasmin sambac et d'accord sucre de palme. Le fond réunit santal, graine d'ambrette, accord crème de coco et vanille. Notre présentation de Tada Parfumeur revient sur le parfumeur.
Divine Oud, d'Aaron Terence Hughes, anciennement Boss Bitch, place la noix de coco dès l'ouverture, avec le néroli, la pêche et le Dragon Oud. Le cœur associe cerise noire, chocolat, rose et jasmin sambac, sur un fond de santal, de vanille, d'ambre gris, d'oud thaïlandais et de musc. Notre présentation d'Aaron Terence Hughes explique la concentration de la maison.
Fleurs blanches et cuir
Black IV, de Widian, illustre l'accord de la fleur blanche et du cuir. Bergamote, cassis et pruneau en tête, un cœur de rose et de fleurs blanches, puis un fond de vanille, de musc, de cuir et de santal.
Le jasmin sambac et le jasmin grandiflorum
Moonlight Silken Veil N°L32, de ChuJian, réunit les deux grands jasmins de la parfumerie au cœur : sambac et grandiflorum, avec la pêche, la rose, l'ylang-ylang et l'origan. Orange amère, bergamote, citron et cassis ouvrent la composition. Le fond réunit sapin, musc et mousse. Notre article sur ChuJian présente la maison.
Oolong Rocking Green N°P26, de la même maison, place un bouquet de jasmin, de fleur d'oranger, d'ylang-ylang, de rose et d'orchidée entre une tête verte de bergamote, de pamplemousse et de poire, et un fond de thé oolong, de vétiver, de mousse et de musc.
Le frangipanier et la fleur de camphrier
Hua Qiang Ye Meng, de Cinojad, s'inspire de la forêt tropicale du Xishuangbanna. Fleur de camphrier, jasmin grandiflorum et rose sauvage en tête, puis feuille de bananier, frangipanier et bornéol au cœur, sur un fond d'élémi, de palissandre de Birmanie et de benjoin. La fiche le décrit comme floral, boisé et camphré, une facette que l'on retrouve souvent chez les fleurs blanches.
Des fleurs blanches en transparence
Gyokuro, de Tada Parfumeur, montre un usage plus léger des fleurs blanches. Elles se placent au cœur avec la graine d'ambrette et l'absolue de maté, après une tête d'accord matcha, de notes vertes et de safran. Santal, cèdre, musc et gaïac forment le fond. Les fleurs blanches y adoucissent le vert du thé.
D'autres compositions florales se trouvent dans notre sélection de parfums floraux, et les accords plus sucrés dans celle des parfums gourmands.
Questions fréquentes
La tubéreuse est-elle une variété de rose ?
Non. La tubéreuse appartient à la famille de l'agave. Son nom vient de son bulbe tubéreux. Elle n'a aucun lien botanique avec la rose.
Pourquoi n'existe-t-il pas d'huile essentielle de tubéreuse ?
La distillation à la vapeur détruit les composés odorants de la fleur. On l'obtient donc par extraction aux solvants, sous forme de concrète puis d'absolue. Autrefois, l'enfleurage remplissait ce rôle.
Quelle différence entre la tubéreuse et le jasmin ?
Les deux partagent l'indole et une richesse florale. Le jasmin est plus fruité et plus léger, avec une facette thé chez le grandiflorum. La tubéreuse est plus crémeuse, plus beurrée, avec une note camphrée et un côté caoutchouc. Les parfumeurs les associent très souvent.
Pourquoi la tubéreuse sent-elle parfois la noix de coco ?
Elle contient des lactones, des molécules que l'on trouve aussi dans la noix de coco et la pêche. Ce sont elles qui donnent à la fleur sa texture lactée. Beaucoup de parfums prolongent cette facette avec un accord coco ou du lait de coco.
La tubéreuse est-elle un parfum féminin ?
La fleur blanche est souvent associée à la parfumerie féminine, mais la matière n'a pas de genre. Avec le cuir, l'encens ou les bois, elle devient plus sombre et plus sèche. L'effet dépend de la composition plus que de la fleur elle-même.
Pour aller plus loin
La tubéreuse fait partie des matières présentées dans notre dossier Les matières du parfum, avec la vanille, le santal et le oud. Pour comparer une tubéreuse crémeuse, une tubéreuse résineuse et un jasmin vert sur votre peau, les parfums cités sont proposés en échantillon de 2 ml selon les maisons, sur notre page échantillons.