En hiver, deux choses jouent contre le parfum. Le froid ralentit son évaporation dehors, où il ne se remarque presque pas. Le chauffage fait l'inverse dedans, où il ressort d'un coup. Les familles qui encaissent cet écart sont celles dont le fond repose sur des matières lentes : résines, bois, ouds, muscs, vanilles et cuirs. Voici comment le froid agit, ce qu'il faut lire sur une fiche, et huit parfums du catalogue disponibles pour la saison.
Ce que le froid fait à un parfum
Notre article sur le parfum d'automne expliquait pourquoi les compositions d'été s'effacent dès que la température baisse. En hiver, le problème change de nature. Ce n'est plus seulement une perte de diffusion, c'est un écart permanent entre deux ambiances que l'on traverse plusieurs fois par jour.
Dehors, tout ralentit
Une molécule odorante doit quitter la peau pour atteindre un nez. Plus il fait froid, plus elle met de temps. À 2 ou 3 degrés, un parfum reste contre la peau et ne se remarque pratiquement pas à distance. Les notes de tête, les plus volatiles, passent souvent inaperçues. Le manteau, l'écharpe et les gants couvrent en plus les zones habituellement parfumées.
Dedans, le chauffage fait l'inverse
Un intérieur chauffé, sec et sans courant d'air produit l'effet contraire. Le parfum qui semblait absent dans la rue se déploie en quelques minutes, et dans un espace fermé il se remarque vite. C'est la cause la plus fréquente de surdosage en hiver : on ajoute une pulvérisation dehors parce qu'on ne sent rien, puis on entre dans un bureau ou un restaurant.
La laine garde le parfum plus longtemps que la peau
Les textiles sont plus froids que la peau, ce qui ralentit encore l'évaporation. Un pull en laine ou une écharpe peuvent sentir le lendemain, parfois plusieurs jours. En hiver, c'est un avantage : le vêtement devient un relais quand la peau diffuse peu. Attention toutefois aux tissus clairs et délicats, comme la soie, car certaines matières colorées ou huileuses laissent des traces. Nous détaillons ces mécanismes dans Tenue et sillage : ce qui fait durer un parfum.
La peau est plus sèche
Le vent, l'air froid et le chauffage dessèchent la peau, et une peau sèche retient en général moins bien le parfum. Ce constat revient chez beaucoup de parfumeurs et de clients, même s'il a été peu mesuré de façon rigoureuse. Appliquer une crème sans odeur quelques minutes avant de se parfumer ne coûte rien à essayer, et l'effet varie d'une personne à l'autre.
Ce qu'il faut lire sur une fiche avant d'acheter pour l'hiver
Un parfum d'hiver ne se juge ni à son nom ni à la couleur de son jus. Trois repères suffisent, et ils figurent tous sur nos fiches.
- Les notes de fond. Des bois, des résines, des muscs, de la vanille, du cuir ou de l'oud assurent une présence longue sans dépendre de la chaleur ambiante. Notre article sur la pyramide olfactive explique comment lire cette partie de la liste.
- La jauge de fraîcheur. Un parfum noté 1 ou 2 sur 5 est construit pour le froid. Au-delà de 3, il repose davantage sur des notes volatiles, celles que l'hiver efface le plus vite.
- La projection, pas seulement la tenue. En intérieur chauffé, une projection notée 5 demande une seule pulvérisation. Une tenue élevée avec une projection modérée est souvent plus confortable pour une journée de bureau.
L'idée qu'un parfum d'hiver doit être lourd est fausse. La densité vient des matières de fond, pas de la puissance. Un ambré très tenace peut rester près de la peau, et un gourmand sucré peut saturer une pièce entière. Les deux se portent en hiver, mais pas dans les mêmes lieux.
Huit parfums d'hiver du catalogue
Tous les parfums ci-dessous sont disponibles au moment où nous écrivons, et leur fiche les indique pour la saison froide, sauf mention contraire. Les notes, les concentrations et les jauges citées sont celles publiées sur chaque fiche.
Les ambrés et les résineux
Ambergris Rose N°P29, de ChuJian, est le plus simple d'accès des huit. Sa pyramide tient en peu de matières : rose et poivre rose en tête, rose et bois de cèdre au cœur, puis un fond d'ambroxan, de musc blanc, de bois de cachemire, de notes boisées poudrées et d'ambre. L'ambroxan est une molécule de synthèse qui reprend l'effet salé et minéral de l'ambre gris sans passer par la matière animale. Tenue notée 5 sur 5, sillage et projection à 4, fraîcheur à 2. Le flacon de 50 ml est à 130 € et l'échantillon de 2 ml à 8 €, ce qui en fait l'une des entrées les moins chères du catalogue sur ce registre.
Tonkin Tonka 3, de The Unleashed Apothecary, est l'un des rares parfums dont la fiche indique l'hiver sans l'automne. Il ouvre sur un accord de neige fraîche, de pin glacé, de souffle gelé et d'acier froid, passe à la fève tonka, à la peau chaude et à l'amande amère, puis se referme sur un fond de musc Tonkin, de cuir de cerf, de chaleur corporelle, de fourrure et de benjoin. Plusieurs de ces noms désignent des accords construits par le parfumeur et non des matières qui se distillent : il n'y a ni neige ni fourrure dans un flacon. Toutes ses jauges sont hautes, avec une tenue de 10 heures et plus, un sillage à 5 et une intensité à 5. Extrait de parfum, 30 ml à 333 €, 2 ml à 30 €. C'est un parfum à une seule pulvérisation.
Les ouds
L'oud est la matière d'hiver par excellence, parce qu'elle est lourde, longue et qu'elle n'a pas besoin de chaleur pour se faire entendre. Notre article Qu'est-ce que le oud explique d'où elle vient.
Oudian, de Pernoire, est un extrait de parfum à 30 % classé oud cuiré. L'ouverture est inhabituelle : durian, safran, fruits tropicaux et poivre de Sichuan. Le durian est un fruit d'Asie du Sud-Est à l'odeur soufrée, et il sert ici à rendre le départ franchement dérangeant avant que le labdanum de ciste et l'oliban ne reprennent la main. Le fond réunit oud, cuir et vétiver. Tenue, sillage et projection sont tous notés 5, pour plus de 12 heures annoncées, avec une fraîcheur à 1. Le 50 ml est à 240 € et le 2 ml à 14 € : essayez-le avant d'acheter le flacon.
Onyx, d'Aaron Terence Hughes, est un extrait à 35 % auquel la maison ajoute 5 % d'oud. L'absolue de rose tient seule la tête, puis la framboise, le safran et le cassis forment un cœur fruité, avant un fond d'Ambrostar, de truffe, de musc, d'oud, d'absolue de vanille, d'absolue de civette et de patchouli. Les notes animales de la civette et l'odeur terreuse de la truffe sont ce qui le rend adulte plutôt que confit. Tenue à 5 pour 12 heures et plus, sillage et projection à 4, fraîcheur à 1. Trois formats disponibles : 50 ml à 275 €, 10 ml à 60 € et 2 ml à 16 €.
Les cuirs
Kama, de Pernoire, est un cuir gourmand, extrait à 25 %. Mûre, goudron de bouleau, violette et racine d'iris en tête, barbe à papa, cuir, cypriol et ambre sec au cœur, puis mousse, laine de cachemire et musc en fond. Le cuir ne se distille pas : le parfumeur le reconstitue, et le goudron de bouleau est l'une des matières qui servent à cela depuis le dix-neuvième siècle. La combinaison du goudron et de la barbe à papa explique son caractère : un cuir qui reste doux. Tenue à 5 pour plus de 12 heures, sillage à 4, projection à 3, intensité à 3. Sa fiche l'indique pour toutes les saisons, mais le froid lui va bien. 50 ml à 195 €, 2 ml à 11 €.
Les gourmands denses
Itim Kati, de Tada Parfumeur, est un gourmand lacté en eau de parfum. Accord crème de coco, lait concentré et note noisetée en tête, puis jasmin, barbe à papa, benjoin du Siam, absolue de fève tonka et accord sucre de palme, sur un fond de CO2 de coco torréfiée, de vanille, de notes boisées et d'huile de santal. Le CO2 est un type d'extrait obtenu au dioxyde de carbone, plus fidèle à la matière fraîche que la distillation, comme nous l'expliquons dans notre article sur l'extraction des matières premières. Tenue à 4 pour 7 à 9 heures, sillage et projection à 4, fraîcheur à 1. 50 ml à 160 €, 2 ml à 10 €.
Cocoa Toffee, de Zhufu, est le plus franchement chocolaté du catalogue. Mahua de Tianjin, noisette, cacahuète et ambre en tête, cacao, ébène, toffee et encens au cœur, puis bois de gaïac, café, musc oud et ambre gris. Le mahua est une pâtisserie frite torsadée de Tianjin, et l'accord en reprend le côté grillé et un peu salé. L'encens et le café empêchent l'ensemble de virer à la confiserie. Extrait à 25 %, tenue, sillage et projection à 4. Il n'existe qu'en flacon de 15 ml, à 85 €, et son échantillon de 2 ml est en rupture au moment où nous écrivons.
10/6, d'Aaron Terence Hughes, est un pâtissier assumé : champignon des bois en tête, puis génoise Victoria, massepain, macarons, crème pâtissière et chocolat blanc, sur un fond que la maison appelle simplement bois mystiques. Cette dernière mention n'est pas une matière, c'est une façon de ne pas détailler la formule. La note de champignon en ouverture est ce qui l'empêche d'être uniquement sucré. Extrait à 35 %, tenue à 4 pour 8 heures et plus, sillage et projection à 4. 50 ml à 160 € et 10 ml à 35 €.
D'autres profils adaptés au froid se trouvent dans nos collections orientales, boisées et gourmandes.
Doser un parfum en hiver
Le dosage compte plus que le choix de la famille. Quatre habitudes simples évitent les mauvaises surprises.
- Parfumez-vous avant de vous habiller, sur une peau propre, puis attendez une minute que l'alcool s'évapore avant d'enfiler un pull.
- Visez les zones qui resteront couvertes, le buste et la nuque plutôt que le cou nu et les poignets, pour que le parfum soit libéré progressivement quand vous retirez votre manteau.
- Ne rechargez pas dehors. Si vous ne sentez rien dans la rue, c'est normal : le froid et votre propre nez y sont pour beaucoup. Sentez-vous à l'intérieur avant d'ajouter quoi que ce soit.
- Comptez une pulvérisation de moins qu'en été pour un extrait. La plupart des parfums d'hiver du catalogue sont des extraits, plus concentrés qu'une eau de toilette, comme l'explique notre article sur les différences entre extrait, eau de parfum et eau de toilette.
Pour juger un parfum d'hiver, il faut le porter une journée entière, en passant du dehors au dedans plusieurs fois. Une mouillette ne dit rien de ce comportement. Notre guide pour bien utiliser un échantillon de 2 ml donne la méthode.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un parfum d'automne et un parfum d'hiver ?
Les deux saisons se recoupent largement, et la plupart des fiches qui indiquent l'hiver indiquent aussi l'automne. L'écart est une question de degré : en automne, on garde souvent une ouverture plus fraîche, avec des épices, du thé ou des conifères. En hiver, le fond compte davantage, et les ambrés, les ouds et les gourmands denses deviennent lisibles sans paraître excessifs.
Pourquoi mon parfum ne se sent-il pas dehors et trop à l'intérieur ?
Parce que l'évaporation dépend de la température. Dans le froid, les molécules quittent la peau lentement et le parfum reste près du corps. Dans une pièce chauffée, elles partent beaucoup plus vite et le parfum paraît soudain deux fois plus présent. Le réflexe à éviter est d'en remettre dans la rue.
Faut-il un extrait pour l'hiver ?
Non, mais un extrait aide. Une concentration élevée allonge surtout la tenue, et elle compense un peu la faible diffusion du froid. Une eau de parfum avec un fond solide fonctionne très bien, comme Itim Kati. L'important est la nature du fond, pas l'étiquette de concentration.
Peut-on porter un parfum frais en hiver ?
Oui, à condition d'accepter qu'il se fasse discret. Un frais avec un fond boisé ou musqué s'en sort mieux qu'une composition purement hespéridée, qui risque de disparaître en une heure. Beaucoup de personnes gardent un frais pour le bureau et un ambré pour la soirée.
Combien de pulvérisations en hiver ?
Deux sur la peau suffisent pour la plupart des extraits du catalogue, une seule pour ceux dont la projection est notée 5, comme Tonkin Tonka 3 ou Oudian. Une pulvérisation supplémentaire sur l'écharpe prolonge l'effet toute la journée sans charger l'air autour de vous.
Les maisons citées ici sont présentées une par une dans notre dossier sur la parfumerie de niche, et la page maisons et créateurs réunit toutes celles que nous distribuons. Pour composer votre sélection d'hiver sans acheter un flacon à l'aveugle, la page nos échantillons explique comment réunir plusieurs 2 ml en une seule commande.