Un parfum gourmand devient écœurant quand le sucre n'a rien en face de lui. Ceux qu'on porte avec plaisir tout un hiver opposent à la vanille, au caramel ou au praliné une matière qui résiste : un bois sec, un cuir, une épice, l'amertume du café ou de la réglisse. Ce contrepoint compte davantage que la quantité de sucre.
D'où vient l'effet écœurant
La famille gourmande reprend des odeurs de cuisine et de confiserie : vanille, caramel, chocolat, praliné, lait, pâtisserie. Sa version moderne est généralement datée de 1992, avec Angel de Thierry Mugler, composé notamment par Olivier Cresp. Le parfum associait le patchouli à une dose alors inédite d'éthylmaltol. Cette molécule de synthèse, aussi employée comme arôme alimentaire, sent le caramel, la barbe à papa et la confiture de fraise. Un peu suffit à arrondir une composition. Beaucoup donne une impression de sucre collant.
Le problème tient surtout à la durée. Les matières qui portent le sucre comptent parmi les plus durables : vanilline, éthylmaltol, fève tonka, benjoin. Elles sont lourdes et s'évaporent lentement. Elles restent sur la peau plusieurs heures après le départ des agrumes. Si rien ne les équilibre, le parfum finit en une seule note douce qui ne bouge plus.
Notre nez s'habitue vite à une odeur constante. On a l'impression que le parfum a disparu, on en remet, et l'entourage reçoit une double dose. Ce mécanisme est expliqué dans notre article sur la saturation olfactive. Avec un gourmand, il pèse plus qu'avec un frais.
La chaleur joue aussi. Une peau chaude, un pull en laine ou une pièce chauffée font monter les matières de fond. Un gourmand agréable dehors en novembre peut devenir lourd dans un bureau surchauffé.
Les contrepoints qui allègent un gourmand
Les parfumeurs disposent de plusieurs leviers pour garder le sucre lisible. Aucun n'est une règle absolue. On les retrouve pourtant dans la plupart des gourmands qui se portent bien d'un bout à l'autre de la journée.
Le bois, le cuir et la fumée
Un cèdre, un gaïac, un goudron de bouleau ou un accord cuir apportent une texture sèche. Le sucre s'appuie dessus au lieu de flotter seul. Cette structure est souvent la plus facile à porter pour qui découvre la famille.
Les épices et les aromatiques
Cannelle, muscade, cardamome ou safran ajoutent une chaleur piquante. La lavande tire la vanille vers l'herbe sèche et lui donne de l'air. Ces notes se sentent surtout en tête et au cœur, au moment où le sucre risquerait de dominer.
L'amertume du café, du cacao et de la réglisse
Un chocolat noir ou un café torréfié sont gourmands sans être sucrés. Leur amertume coupe la vanille comme en pâtisserie. La réglisse et l'absinthe jouent un rôle proche, avec une facette anisée. Notre article sur le cacao en parfumerie détaille cette facette.
Le lacté et le salé
Le lait, le riz, le beurre ou une note salée donnent de la rondeur sans ajouter de sucre. Ils rendent un gourmand plus doux et moins collant, à condition que le fond ne soit pas déjà chargé de vanille.
Huit gourmands du catalogue qui tiennent l'équilibre
Les parfums ci-dessous viennent de notre collection gourmande. Les notes citées sont celles de leurs fiches. Il s'agit d'extraits ou d'eaux de parfum concentrées, à doser avec retenue.
Kama, de la maison suisse Pernoire, est l'exemple le plus net. Son cœur contient de la barbe à papa, une des notes les plus franchement sucrées. Elle est entourée d'un goudron de bouleau, d'une mûre, d'une violette et d'une racine d'iris en tête, d'un cuir, d'un cypriol et d'un ambre sec au cœur, puis d'une mousse, d'une laine de cachemire et d'un musc en fond. Le sucre reste perceptible, pris dans une matière fumée et poudrée. C'est un extrait à 25 % signé Andreas Wilhelm.
Otimo, chez Pernoire aussi, place un praliné et une fève tonka entre un tabac et un patchouli. La tête associe coing, cardamome et rhum, le fond cèdre, vanille et osmanthus. Sa jauge de sillage est à 3 sur 5, la plus modérée de cette sélection avec WHITE. Sa fiche le conseille aussi bien pour le bureau que pour le soir.
Coliva, d'Adi ale Van, mise sur l'amertume. Sa tête réunit réglisse, oliban, cardamome, absinthe, fèves de cacao, café et chocolat blanc. Le cœur passe au pain cuit, à l'iris, au cypriol et au cèdre. Le fond mêle labdanum, fève tonka, beurre, ambre, vanille, notes animales et musc. Il est gourmand par le pain et la boulangerie plus que par le sucre. Les autres gourmands de la maison sont présentés dans notre article sur les gourmands d'Adi ale Van.
Black Cavendish, de Tada Parfumeur, ouvre sur un rhum, un encens, une muscade et un caramel. Le jasmin, le patchouli et la vanille forment le cœur, puis le tabac, le santal, la cannelle et l'ambre prennent le relais. Le caramel est entouré de fumée et d'épices. Sa jauge d'intensité est à 3 sur 5, ce qui en fait un gourmand tabac plutôt mesuré.
Vanilla Mystique, de la même maison, montre ce que la lavande fait à une vanille. Rhum, lavande et safran ouvrent. La vanille arrive au cœur avec l'héliotrope et le jasmin. Le fond reste sec : musc, Oakwood CO2 et cèdre. La vanille est le sujet du parfum, mais ce fond boisé l'empêche de virer au dessert.
WHITE, de Bidzina Kanchaveli, a la formule la plus courte : bergamote, écorce d'orange et vanille en tête, safran au cœur, cuir en fond. La vanille apparaît dès l'ouverture puis se pose sur un cuir safrané. C'est une eau de parfum à 20 % avec un sillage à 3 sur 5. Elle convient à ceux qui craignent les gourmands trop présents.
10/6, d'Aaron Terence Hughes, est le plus pâtissier de la liste : génoise Victoria, massepain, macarons, crème pâtissière et chocolat blanc au cœur. Le contrepoint vient d'une note de champignon des bois en tête et d'un fond boisé. Il s'adresse à ceux qui aiment franchement le sucre, avec une seule pulvérisation pour commencer.
Leonarda, de Spiritica, est le cas extrême. Crème chantilly, biscuits maison et sirop de framboise forment le cœur. Autour, la tête aligne savon, orange sanguine, soude caustique et poivre noir, et le fond oud, soufre, chocolat noir et ambre gris. Le dessert est volontairement dérangé. Ce parfum est clivant et son intensité est notée 5 sur 5. Mieux vaut le découvrir en échantillon.
Les amateurs de gourmands au thé, à la pistache ou au café trouveront d'autres pistes dans notre sélection consacrée aux gourmands Zhufu.
Choisir un gourmand qui vous conviendra
Lisez d'abord la pyramide. Si la vanille, le caramel ou le praliné occupent à la fois le cœur et le fond, sans bois, cuir ni épice, le parfum restera probablement très doux du début à la fin. Si une matière sèche ou amère apparaît en fond, il évoluera davantage. Notre guide pour lire une pyramide olfactive explique comment s'y retrouver.
Regardez ensuite les jauges des fiches. Une intensité à 5 et un sillage à 4 ou 5 annoncent un parfum qui occupera l'espace. Pour un usage quotidien, un sillage à 3 laisse plus de marge.
Dosez moins que pour un parfum frais. Une ou deux pulvérisations d'extrait suffisent, sur la peau plutôt que sur un pull en laine qui garde longtemps les notes de fond. Notre article où et comment appliquer son parfum donne les repères utiles.
Enfin, portez-le une journée entière. Un gourmand se juge après plusieurs heures, quand les agrumes sont partis et qu'il ne reste que le fond. Un échantillon de 2 ml permet ce test sans engager un flacon, selon la méthode décrite dans notre guide pour tester un parfum.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un parfum gourmand ?
C'est un parfum dont les notes principales évoquent des aliments ou des boissons : vanille, caramel, chocolat, café, praliné, lait, fruits confits. La famille moderne est généralement datée d'Angel de Thierry Mugler, en 1992. Elle compte aujourd'hui des compositions très sucrées comme des gourmands secs, boisés ou amers.
Comment rendre un parfum gourmand moins écœurant ?
Réduisez la dose et appliquez-le sur la peau plutôt que sur les vêtements. Évitez les pièces surchauffées dans les premières heures. Si le problème persiste, le parfum manque sans doute de contrepoint, et aucun geste ne changera sa structure.
Peut-on porter un parfum gourmand au bureau ?
Oui, avec un sillage modéré et une seule pulvérisation. Les gourmands boisés, au tabac ou au thé passent mieux que les accords pâtissiers dans un espace partagé. Otimo de Pernoire, dont la fiche mentionne le bureau, en est un exemple.
Les parfums gourmands sont-ils réservés à l'hiver ?
Ils sont plus confortables par temps froid, quand leur densité ne pèse pas. En été, la chaleur accentue le sucre. Mieux vaut alors un gourmand fruité ou lacté, à petite dose. Chaque fiche indique les saisons conseillées.
Quelle différence entre un parfum gourmand et un parfum oriental ?
Les deux familles partagent la vanille, le benjoin et la fève tonka. L'oriental, ou ambré, met en avant les résines, les épices et l'accord ambre. Le gourmand reprend des odeurs de cuisine ou de confiserie. Beaucoup de parfums appartiennent aux deux, comme le montre notre guide des familles olfactives.
Pour d'autres conseils, retrouvez le dossier Choisir son parfum. Chaque parfum cité existe en échantillon de 2 ml : la page nos échantillons permet d'en comparer plusieurs avant de choisir un flacon.