Cæleste, Adi ale Van et Kanchaveli sont trois maisons indépendantes de l'est de l'Europe, actives depuis 2021 pour la plus ancienne. Deux viennent de Roumanie, la troisième d'un artiste géorgien installé à Berlin. Elles ne se ressemblent pas : des anges confiés à quatre parfumeurs différents, des flacons peints à la main dans un village du Danube, des émotions négatives coulées dans la porcelaine. Voici ce qui les relie, ce qui les sépare et par quels parfums les aborder.
Trois maisons récentes
Adi ale Van est la plus ancienne des trois : l'artiste roumain qui lui donne son nom l'a lancée en 2021. Cæleste a sorti ses trois premiers extraits en 2024, et un quatrième en 2026. Kanchaveli a publié ses deux premières eaux de parfum en 2025.
Il faut être clair sur nos sources. Ces maisons sont petites et communiquent surtout par leurs propres sites. Ce qui suit vient des informations qu'elles publient, reprises dans nos fiches et dans nos présentations détaillées de chacune d'elles. Quand un point n'est pas documenté, nous le disons : Kanchaveli, par exemple, ne donne pas la concentration de ses extraits.
Ces trois maisons ne résument pas la parfumerie de l'Est. La Russie a sa propre scène, dont la plus connue est sans doute Bortnikoff, qui distille son oud elle-même et à laquelle nous consacrons une présentation, sans la distribuer à ce jour. Nous parlons ici des maisons que nous vendons et que nous connaissons bien.
Ce qui les relie : le récit, l'orthodoxie et l'objet fait main
Le récit avant la formule
Chez ces trois maisons, le parfum part d'un texte ou d'un souvenir, pas d'une tendance de marché. Cæleste suit la hiérarchie des anges : neuf rangs répartis en trois ordres. La maison a commencé par le troisième, celui qui veille sur la vie terrestre, avec Principalities, Archangels et Guardian Angel. Virtues, sorti en 2026, ouvre le deuxième ordre. La collection se lit comme un chantier qui remonte la hiérarchie un rang après l'autre.
Adi ale Van raconte une enfance à Grojdibodu, un village de la plaine du Danube, et les hivers passés à écouter son grand-père parler des partisans anticommunistes des montagnes du Muscel. Decembrie 89 renvoie à la révolution de décembre 1989, et Leaves in the wind est sous-titré Elixir de Muscel. La maison dit aussi soutenir la préservation des musiques traditionnelles roumaines et des métiers ruraux oubliés.
Bidzina Kanchaveli vient du théâtre et du cinéma. Il a écrit et mis en scène quatre pièces, tourné des courts métrages puis un long métrage, avant de passer aux compositions aromatiques et enfin au parfum. Ses deux séries traduisent l'une des couleurs, l'autre quatre émotions négatives, qu'il dit avoir guettées en lui pour composer au moment où elles devenaient tangibles.
L'encens et l'église orthodoxe
C'est le trait commun des deux maisons roumaines. Cæleste part de l'idée que les premiers parfums étaient des offrandes brûlées, et l'encens figure dans ses quatre compositions, souvent avec la myrrhe, l'oliban ou le benjoin. Son illustrateur, Aleksandar Stoicovici, raconte avoir voulu devenir moine orthodoxe à l'adolescence et avoir vécu quelque temps dans des monastères.
Chez Adi ale Van, la religion arrive par la cuisine des rites. Coliva tire son nom du gâteau de blé partagé lors des commémorations orthodoxes, et mêle l'oliban au pain cuit et au cacao. Cozonac reprend la brioche tressée des fêtes. L'encens, le cuir et les fonds animaux reviennent souvent dans la maison.
Kanchaveli échappe à cette logique, et c'est utile à savoir : ses parfums n'évoquent ni l'église ni la Géorgie. Le fil commun de ses compositions est le cuir, présent dans White, Yellow, Fear et Envy, souvent posé dès l'ouverture plutôt que gardé pour le fond.
Des flacons faits à la main
Les trois maisons traitent le flacon comme une pièce à part entière. Adi ale Van peint et assemble lui-même le flacon, le bouchon, le décor et la boîte, avec du métal, du cuir, du bois de récupération, de la céramique, de l'argile ou de la pierre. Certains bouchons sont taillés dans des champignons d'arbre, séchés plus de six mois. Aucun flacon n'est identique à la photo, et la maison produit à la commande, ce qui allonge le délai avant expédition.
Kanchaveli prend ses flacons dans des sculptures qu'il façonne à Berlin : du béton pour la série des couleurs, dont la pièce de White peut peser jusqu'à 600 grammes, de la porcelaine moulée à la main pour les émotions. Chaque pièce est limitée et numérotée.
Cæleste reste la plus proche de la parfumerie classique, mais son flacon de 30 ml, seule taille proposée par la maison, a été dessiné par Anne-Marie JP à partir de la géométrie sacrée, et son habillage reprend les collages d'Aleksandar Stoicovici.
Ce qui les distingue : qui compose les parfums
C'est la vraie ligne de partage entre ces trois maisons.
Cæleste est une maison de directeur de création. Ștefan Răduț ne compose pas lui-même : il choisit un parfumeur par création et lui confie un thème. Guardian Angel est signé Chris Maurice, nom d'artiste de Christian Carbonnel, Archangels de l'Italien Cristiano Canali, Principalities du Roumain David-Lev Jipa-Slivinschi, qui crée aussi sous le nom de Toskovat', et Virtues de Michael Nordstrand, installé aux États-Unis. Quatre parfums, quatre écritures, un seul fil résineux.
Adi ale Van tient la vision, le récit et la fabrication, et confie souvent la formule à un parfumeur invité. La maison a travaillé avec Jimmy Bodin, Giovanni Festa, Anne-Sophie Behaghel, Antonio Alessandria, Camille Chemardin, Michele Marin, Flavius Călaj et David-Lev Jipa-Slivinschi. Certains parfums récents sont signés par l'artiste lui-même, comme Cozonac, Adiere ou Gun Shadows.
Kanchaveli fait l'inverse des deux autres : un seul auteur, qui compose tout et refuse de se présenter comme parfumeur. Il explique ne pas chercher à recombiner des idées olfactives existantes, et composer volontairement des parfums sans référence évidente, pour que le nez doive réfléchir autant que ressentir. Ses fiches nomment les molécules employées, ce que peu de maisons d'auteur font.
Un nom relie les deux maisons roumaines. David-Lev Jipa-Slivinschi signe Principalities chez Cæleste et figure parmi les parfumeurs d'Adi ale Van. Un autre vient de France : Jimmy Bodin, fondateur de The Unleashed Apothecary, signe six des treize parfums d'Adi ale Van proposés chez nous, dont Decembrie 89. La scène est encore petite, et les mêmes personnes y circulent.
Formats, concentrations et prix
- Cæleste : quatre extraits en flacons de 30 ml à 215 €, concentrés entre 20 et 30 % selon la maison. Le coffret 3rd Order réunit les trois premiers parfums en 5 ml chacun, à 89 €.
- Adi ale Van : treize extraits en flacons de 50 ml, de 250 à 350 €, concentrés de 25 à 40 % sur les références de la boutique, avec des macérations de plusieurs mois. Production à la commande.
- Kanchaveli : deux eaux de parfum de 30 ml à 160 € pour la série des couleurs, quatre extraits en 15 ml à 320 € et en 100 ml pour la série des émotions. La disponibilité dépend des pièces livrées par l'atelier, fabriquées à la main en petit nombre.
La concentration joue sur la tenue et sur la façon de doser, comme nous l'expliquons dans notre article sur les différences entre extrait, eau de parfum et eau de toilette. Les parfums cités ci-dessous existent aussi en échantillon de 2 ml, selon les stocks.
Six parfums pour comprendre les trois maisons
Cæleste
Guardian Angel, de Chris Maurice, est le plus concentré de la collection, à 30 %. En tête, un bouquet blanc de néroli, tubéreuse, jasmin, héliotrope, bergamote et aubépine. Au cœur, des muscs, du lait de coco, de la cardamome, de la vanille et de la fève tonka. En fond, de l'encens, du benjoin, de la myrrhe et de l'ambre. Le parfumeur parle d'une texture de nuage. C'est le plus doux des quatre et le plus facile à porter en journée.
Principalities, de David-Lev Jipa-Slivinschi, est à l'opposé. Le parfumeur n'a reçu ni brief ni titre, seulement un nom de code, Project Quasar, et une idée : l'espace. Il s'est appuyé sur des témoignages d'astronautes, qui décrivent une odeur de métal chaud et de brûlé sur les objets revenus de mission. La pyramide suit cinq éléments, du pétrichor de l'eau à la poudre à canon et au biscuit aux amandes brûlées de l'éther. Sur peau, c'est un parfum sec, minéral et épicé. Il a été finaliste des Art and Olfaction Awards 2025 et demande un essai avant achat.
Adi ale Van
Decembrie 89, de Jimmy Bodin, concentré à 32 %, part d'un souvenir d'enfant de la révolution de 1989 : pomme, orange et citron, puis gousse de vanille et noisette, sur trois vanilles et du rhum. C'est le parfum le plus simple à aimer de la maison et la meilleure première approche.
Coliva, de Giovanni Festa, concentré à 35 %, est le plus singulier. Réglisse, absinthe, oliban, café et cacao en tête, puis pain cuit, iris et cypriol au cœur, et un fond de labdanum, de beurre, d'ambre et de vanille. Le pain et la cire d'église dans le même flacon : c'est le meilleur exemple de ce que la maison sait faire d'un rite orthodoxe.
Kanchaveli
White est la première création de la maison. Il ouvre sur une vanille légère, entourée de bergamote et d'écorce d'orange. Au bout de deux heures environ, le safran prend le relais, puis un cuir noble. La maison le décrit comme introverti : il reste près de la peau et se découvre avec le temps.
Yellow fait l'inverse. Le cuir est là dès l'ouverture, avec une note citronnée vive, puis une cannelle pétillante, sur un fond herbacé, boisé et balsamique. C'est le plus extraverti et le plus solaire des six parfums de la maison.
Pour aller plus loin, nos présentations complètes détaillent chaque maison : Cæleste, Adi ale Van et Bidzina Kanchaveli.
Questions fréquentes
Existe-t-il des marques de parfum de niche en Roumanie ?
Oui. Cæleste et Adi ale Van en sont deux exemples, l'une lancée en 2024, l'autre en 2021. Ce sont des maisons indépendantes, qui ne produisent que des extraits, en petites séries et avec une distribution limitée à quelques revendeurs.
Les parfums d'Europe de l'Est sentent-ils tous l'encens ?
Non. L'encens vient surtout du rapport des deux maisons roumaines à la liturgie orthodoxe. Adi ale Van compte aussi des gourmands de pâtisserie et des fruités solaires comme Dulce plai ou Melancolie, et les parfums de Kanchaveli tournent autour du cuir. Lisez les notes de la fiche plutôt que le nom ou l'origine.
Qui compose ces parfums ?
Les trois maisons fonctionnent différemment. Cæleste confie chaque parfum à un parfumeur invité. Adi ale Van signe certaines formules et délègue les autres, souvent à Jimmy Bodin. Bidzina Kanchaveli compose seul tous les siens.
Quelle maison choisir pour commencer ?
Cela dépend de ce que vous aimez déjà. Pour les gourmands et les vanilles, Decembrie 89 d'Adi ale Van. Pour les fleurs blanches et les résines, Guardian Angel de Cæleste. Pour les cuirs et les parfums d'auteur, White de Kanchaveli. Le plus sûr reste de comparer deux ou trois échantillons sur plusieurs jours.
Où acheter ces parfums en France ?
Passion Parfum est revendeur officiel de Cæleste et de Kanchaveli en France, et propose treize parfums Adi ale Van, fabriqués à la commande. Les échantillons de 2 ml sont disponibles selon les stocks, et nous expédions depuis la France vers le reste de l'Europe.
Ces trois maisons font partie des scènes présentées dans notre dossier sur la parfumerie de niche, aux côtés de la nouvelle parfumerie chinoise. Toutes les maisons que nous distribuons sont réunies sur la page maisons et créateurs, et la page nos échantillons explique comment réunir plusieurs 2 ml avant de choisir un flacon.